La Pologne s’inquiète de l’accord avec le Mercosur pour sa filière avicole
Alors que la Pologne est devenue le troisième exportateur de volailles au monde, le pays s’inquiète des conséquences du traité commercial signé par l’Union européenne avec les pays du Mercosur.
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Difficile de passer à côté des poulaillers qui défilent invariablement à l’horizon lorsque l’on parcourt la campagne en Pologne, notamment dans l’est du territoire. Et pour cause : le pays compte environ 10 000 fermes avicoles, d’où sont sorties 3,25 millions de tonnes de poulets, dindes, canards, œufs… Rien que sur l’année 2024. Plus de la moitié de la production est partie à l’exportation.
Une volaille européenne sur cinq est polonaise
La Polonge se hisse ainsi sur la première marche du podium de l’Union européenne des pays exportateurs de volailles, et à la troisième place du palmarès à l’échelle mondiale, après le Brésil et la Chine. Une volaille sur cinq produite en 2024, au sein de l’Union européenne, était polonaise. 70 % des exportations sont intra-européennes.
Et malgré la grippe aviaire, les chiffres sont constamment à la hausse : les exportations polonaises ont encore bondi de 19 % entre janvier et septembre 2025, selon Crédit Agricole. Cette position dominante de la Pologne dans le secteur, Mariusz Szymyslik, responsable des analyses à la chambre nationale des producteurs de volailles et d’aliments du bétail (1), l’explique par le fait que le pays a pris le train en marche, à la chute du communisme en 1989.
Cela a permis aux investisseurs, au capital étranger notamment, de se doter d’infrastructures ultramodernes d’emblée, conférant un avantage compétitif indéniable par rapport à l’Europe de l’Ouest. « L’importante consommation des Polonais au tout début a été un ressort clé », analyse également l’expert. Puis l’entrée de la Pologne dans l’Union européenne, et surtout l’intégration dans son marché libre en 2004, a constitué une deuxième impulsion majeure.
Une production à « moindre coût mais à qualité équivalente » de l’Europe de l’Ouest
L’amélioration considérable des infrastructures routières en Pologne a fait le reste. Les producteurs polonais sont ainsi en mesure d’alimenter le marché à « moindre coût mais à qualité équivalente », poursuit Mariusz Szymyslik, pour qui la main-d’œuvre encore compétitive en Pologne ne joue pas un rôle si important.
Dans ce contexte tourné vers l’exportation, la signature par l’Union européenne du traité de libre-échange avec les pays du Mercosur a plongé les producteurs dans l’incertitude. La Pologne tente encore de faire bloc, avec la France notamment, pour empêcher sa ratification. Les eurodéputés polonais ont contribué par leur vote à la saisine de Cour de justice de l’Union européenne.
« Nous redoutons une concurrence déloyale. Les pays européens doivent remplir une longue liste d’exigences, ce qui n’est pas le cas de pays sud-américains, qui produisent à moindre coût », estime Mariusz Szymyslik, qui entrevoit des conséquences « catastrophiques » pour le secteur polonais. Et le professionnel de douter de l’efficacité des clauses de sauvegarde, convaincu qu’à terme, elles finiront par s’amoindrir.
(1) Le plus grand regroupement de professionnels de la volaille en Pologne.
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